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Carnet de bord d'Alexia - 20/01

Vaiana et ma bonne étoile

Aujourd’hui, je me fais une réflexion.
S’il y a bien une chose que les trompettes américaines ne pourront jamais contrôler… ce sont les éléments.
Oups.
Pardon.
Pas de politique.
Nous arrivons dans une situation assez cocasse.
On regarde ça de loin.
Avec énormément — quand je dis énormément, c’est vraiment des tonnes — de recul.

Tu fais un tour du monde.
Et à deux jours de l’arrivée, le plus gros blocage météo de toute ton aventure décide de se dresser devant toi.
Juste là.
Pour t’empêcher d’arriver.
Alors oui, je vais être honnête : c’est un peu frustrant.
Parce qu’on a toutes terriblement envie d’arriver à Brest.
De fêter ce tour du monde avec nos proches, nos partenaires, et avec vous.

Et en même temps…
on ne peut absolument rien y faire.
Ce flux de nord-ouest,
accompagné d’une mer gigantesque,
me donne aujourd’hui une envie très précise :
si je pouvais être quelqu’un, ce serait Vaiana.
J’aurais tellement aimé parler à l’océan.
Lui demander de nous dérouler un tapis rouge jusqu’à l’arrivée.

À la place,
il nous propose des montagnes russes.
Alors il y a deux options.
La première :
on a beaucoup de chance — et un peu de talent aussi — et on réussit à se glisser dans un tout petit trou de souris.
Dans ce cas-là, on est à Brest le 23 janvier.
La deuxième, plus rationnelle :
ça ne passe pas.
Et là, on ne peut pas s’arrêter dans un port.
Parce qu’on est en train d’établir une référence mondiale.
Une grande première dans l’histoire de notre sport.
Pas le moment de raccrocher les gants.
Ça veut dire faire des ronds dans l’eau.
À l’abri de l’archipel des Açores.
Attendre que le mauvais passe.
24 heures.
36.
48 peut-être.
Qui sait.
On en saura plus demain.

Mais depuis le 14 décembre,
on a bien compris une chose :
cette aventure n’est pas simple.
Le jour où on a décidé de poursuivre,
alors que le record n’était plus jouable à cause de ce hook défaillant,
on n’a pas choisi de continuer parce que c’était plus facile.
On a continué parce que c’était plus difficile.
Cette expérience restera unique.
Exceptionnelle.
Faire le tour du monde sur un maxi-trimaran, c’est exceptionnel.
Être capable de ne pas prendre le chemin le plus facile, ça l’est tout autant.
Malgré l’avarie, notre manque d’expérience sur ce bateau, les tours et détours de la météo,
nous avons montré que nous pouvions être performantes.
Et parfois même dans les temps des précédents records.
Mais au fond,
on n’a rien à prouver.

Ce tour du monde a été imaginé par une bande de rêveurs.
Parmi eux, il y avait Florence Arthaud.
Aujourd’hui, nous sommes en passe de devenir le premier équipage 100 % féminin à faire le tour du monde sans escale et sans assistance.
Alors on va tout faire pour le terminer.
De belle manière.
Sans se mettre en danger.
Sans mettre notre bateau en danger.

Et si on veut le finir, ce n’est pas seulement pour un record.
Ce n’est pas seulement pour être les premières.
C’est surtout pour toi.
Toi qui penses que tu n’as pas le profil.
Que ce n’est pas fait pour toi.
Que tu ne peux pas.
Pour te donner envie d’y croire.
D’y aller.
D’oser.
De te mettre en mouvement.
Oui, ça fait peur.
Mais c’est en avançant qu’on trace le chemin.
Qu’on écrit son histoire.
Et en ce qui nous concerne,
à bord du trimaran,
à l’instant présent,
il n’y a qu’une chose à faire :
Naviguer du mieux possible.
Et croire, encore et toujours,
en notre bonne étoile.