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Samedi 13 décembre 2025 : On dirait le sud...

En leur 14ème jour de course autour du monde, l’équipage féminin de The famous Project CIC négocie sa première grosse dépression australe. L’équipage international emmené par Alexia Barrier et Dee Caffari cavale à l’avant d’un  tonique système dépressionnaire venu d’Amérique du Sud dans le nord de  l’archipel Tristan da Cunha*, en route directe vers la pointe australe du continent africain.  Alexia Barrier, Dee Caffari, Annemieke Bes, Rebecca Gmür Hornell, Deborah Blair, Molly LaPointe, Támara Echegoyen et Stacey Jackson déploient une  belle énergie à ne pas se faire rattraper et subir de violentes rafales à plus de 30 noeuds qui soufflent au cour de la dépression. L’avarie de hook de grand voile subie et gérée hier les a non seulement retardés mais les empêche de naviguer autrement que sous grand voile à deux ris et trinquette à l’avant.  L’urgence est pour l’heure d’éviter le gros du mauvais temps et de gagner sous l’Afrique du sud des secteurs moins ventés où les techniciennes du bord, Molly LaPointe en tête, pourront consolider les réparations effectuées hier, et retrouver le plein usage des différents ris de la grand voile. Brutalement stoppées hier par cette avarie dans leur belle envolée à plus de 30 noeuds, les 8 femmes de The Famous Project CIC, malgré la fatigue, ne faiblissent en rien  dans leur détermination à poursuivre l’aventure et à boucler ce tour du monde de l’inédit pour un équipage féminin à bord d’un maxi multicoque. 

*L'archipel Tristan da Cunha découvert en 1506 par Tristan da Cunha, est un archipel situé dans l'océan Atlantique Sud qui fait partie du territoire britannique d'outre-mer de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha.C'est l'archipel habité le plus isolé au monde, où vivent 242 habitants. 

Carnet de bord d'Alexia :

"On a eu une avarie sur une pièce mécanique importante du bateau. Rien de visible. Rien qui crie. Tout a l’air de fonctionner. Et pourtant… c’est un élément clé. Un peu comme en voiture :le moteur tourne parfaitemen,les roues sont là, mais le moteur n’est pas au bon régime …

La grand-voile, c’est la vitesse.
C’est l’accélération. Et le hook de grand-voile, c’est un peu la boîte de vitesses du bateau. C’est lui qui permet de tenir la grand voile sur le mât et de gérer la puissance énorme de cette voile immense et puissante sans écraser le mat.

Aujourd’hui, ce hook ne fonctionne plus correctement. Alors concrètement, c’est comme si sur l’autoroute, à chaque fois que vous vouliez changer de vitesse, il fallait vous arrêter,ouvrir la boîte de vitesses à la main, changer le rapport… et repartir.

Ou, version vélo, vous vous arrêtez, vous prenez la chaîne à la main, vous la posez sur le pignon suivant, et vous repartez.
Autant dire que ça ne favorise pas la performance.

On a passé 10 heures à comprendre. À démonter. À chercher. À éliminer les hypothèses, une par une.

On a trouvé une solution provisoire. Elle n’est pas parfaite. Mais elle nous permet de continuer en sécurité d’avancer.

Cette nuit, on a roulé sur l’autoroute… en seconde. Montées. Descentes. Variations de vent.
On reste en seconde.
Résultat : une perte de vitesse de 30 à 40 % en moyenne, sur la distance qu’il nous reste jusqu’au Cap de Bonne-Espérance.

Et pendant ce temps-là, la météo avance aussi. Une dépression arrive sur nous.
Plus de vent. Plus de mer. Moins de marge. Avec un bateau un peu diminué, chaque décision se réfléchit davantage.

Évidemment qu’il y a de la frustration.
Parce qu’on était lancées.
Parce que le rythme était là.
Parce que le bateau allait bien.
Parce que l’équipage était dans le flow.
Et puis… tout s’arrête.

Mais ce genre de difficulté fait partie intégrante de l’aventure. C’est même souvent là qu’elle commence vraiment.

Et puis il y a l’équipe. Et là… elles ont été remarquables.

Bex, d’abord. Une volonté incroyable. Un talent brut. Elle est montée a l’intérieur du mât, à plus de quinze mètres de haut,
avec une mer formée, pour aller vérifier la pièce sur laquelle s’accroche le hook.
Dans le micro, on l’entendait. À chaque secousse, un gémissement. Là-haut, c’est violent. Et nous, en bas, on avait mal pour elle.

Molly, toujours prête à bricoler. Debs et Annemieke, à chercher, fouiller, trouver le bon matériel. Stacey, avec ses idées, son expérience, son regard. Pendant ce temps-là, Tamara tient la barre. Dee écoute, coordonne, garde la vision d’ensemble. Et moi, je participe à la réflexion,
tout en restant en lien permanent avec l’équipe à terre pour recevoir, croiser et transmettre les informations.

C’est ça aussi, cette aventure. Une mécanique humaine. Notre motivation, elle, n’a pas bougé. On est toujours là. Soudées. Déterminées.

On est là pour finir ce tour du monde. Et pour marquer l’histoire en devenant le premier équipage féminin à boucler un tour du monde en maxi multicoque.

Et moi qui disais hier que le stress et les problèmes, allaient nous empêcher de chanter la nuit, pendant les quarts… Je me suis trompée.
Ça a fait exactement l’inverse. Ça a redoublé le cœur. L’engagement.
L’envie. Et cette certitude tranquille : on continue.

Et on vous emmène avec nous."