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Carnet de bord d'Alexia : 5 décembre
Carnet de bord — Entrée dans le Pot-au-Noir
Ça y est, nous y sommes.
Nous entrons dans la zone active du Pot-au-Noir, là où la zone de convergence intertropicale peint le ciel avec des coups de pinceau imprévisibles.
Sur les cartes satellites, les couleurs se succèdent comme dans un tableau expressionniste : vert, bleu… parfois rouge.
C’est le signe que le vent peut devenir joueur, moqueur même et la pluie capricieuse.
Pourtant, jusqu’ici, nous avons été épargnées.
La nuit a même été belle, presque douce.
Et dans cette obscurité, quelque chose de très simple — de très ancien — revient en moi.
J’aime retrouver mon animalité grâce à la navigation.
Cette capacité qu’on croit avoir perdue dans nos vies organisées, civilisées, climatisées…
Ici, elle revient comme un réflexe naturel.
Être aux aguets.
Sentir avant de comprendre.
Lire la mer avec la peau, les poumons, les nerfs.
Comme si chaque vague me rappelait :
« Tu fais partie du vivant, ma grande. Reconnecte-toi. Ouvre les sens. Laisse tomber le reste. »
C’est ce que j’adore dans ce métier, dans cette folie qu’on appelle un tour du monde :
redevenir un animal élégant, sauvage, attentif… un animal qui apprend du vent et qui parle avec la mer.
Parce qu’ici, même si on a les images satellites, rien ne remplace l’observation :
l’humidité qui monte,
la pluie qui approche,
la couleur du ciel,
la respiration de l’eau…
Ce sont des indices, des murmures.
On avance en évitant les pièges, en cherchant la meilleure porte vers le Sud.
Et comme dirait mon ami Laurent :
“Tout schuss vers le sud!”
On garde ça en tête, parce que le Pot-au-Noir n’est pas réputé pour son sens de l’humour.
Il nous reste environ 300 à 500 milles de cette zone un peu chaotique,
et ensuite, ce sera l’Atlantique Sud.
Une nouvelle phase de notre tour du monde.
Pendant ce temps-là, la vie à bord continue, toujours avec le smile.
On se relaie, on s’organise, on prend soin du bateau comme d’un membre de l’équipage.
C’est beau de voir ça.
Pour ma part, depuis 24 heures, je porte sur la tête un capteur pour l’Institut du Cerveau.
Thomas Andrillon cherche à comprendre comment nos cycles de sommeil survivent dans un environnement extrême :
les quarts, les réveils soudains, les vibrations, le stress, la vitesse…
J’ai hâte de découvrir ce que raconte mon cerveau quand je dors comme un dauphin, avec la moitié du cerveau qui tourne et l’autre qui se repose , en tout cas c’est la sensation que j’ai.
J’espère que de votre côté tout roule,
et que vous profitez, vous aussi, de chaque seconde de vos “500 milles” personnels de la journée.
Toute l’équipe de The Famous Project CIC vous embrasse fort.
À demain pour la suite.