Jonny Malbon, team manager, le couteau-suisse

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Jonny Malbon a plus de 25 ans d’expérience professionnelle dans la course au large, de l’IMOCA au Super Yacht, et plus récemment sur les très compétitifs Mod70. Il a navigué avec Alexia pendant une quinzaine d’années, traversant les océans et régatant entre les bouées en Méditerranée et dans les Caraïbes. Inspiré par l’enthousiasme et l’énergie sans limite d’Alexia, il remplit avec brio le rôle de Team Manager de The FamousProjectpartageant la même volonté et le même engagement pour atteindre l’objectif commun : établir un temps de référence pour un équipage exclusivement féminin sur le parcours du Trophée Jules Verne et, au-delà, développer un avenir durable pour le projet. 

Jonny, comment t’es-tu impliqué dans ce projet ? 

J’ai navigué avec Alexia pendant plus de 15 ans sur Sojana(un Super Yacht Farr ketch de 115 pieds) et pendant cette période, j’ai fait d’innombrables transatlantiques, de circuits dans les Caraïbes et en Méditerranée avec ce bateau. Nous avons passé des années et des années à naviguer, nous sommes amis depuis longtemps et il est évident qu’une grande confiance s’est établie au fil du temps. Le fait de traverser l’Atlantique à bord d’un bateau de plus de 30 mètres, en sachant que quelqu’un est toujours derrière vous, n’est pas le moindre des avantages. 

Et quel a été votre rôle au début ? 

Nous avions discuté de différentes choses, y compris pendant le Vendée Globe. Après son tour du monde, elle souhaitait acheter un autre IMOCA. J’avais déjà beaucoup navigué sur des Mod70 et à ce moment-là, les IMOCA d’occasion étaient très chers, sans parler des coûts d’exploitation. Je lui ai donc suggéré d’acheter un Mod70 – « C’est une machine incroyable au vu du budget – et tu pourras faire beaucoup de choses avec, cela pourrait être une bonne option, différente, plutôt que partir sur une autre saison de Vendée Globe » ai-je dit à l’époque. Elle est partie et est revenue en disant : « Oui, c’est un bon plan, mais il y a une deuxième partie pour ce plan : faire un Jules Verne avec un équipage exclusivement féminin… » J’ai dit OK… Alexia est en permanence comme une boule de feu, je ne l’ai pas vue venir et j’ai juste continué à avancer avec elle. Je naviguais avec Riccardo Pavoncelli sur Mana. J’ai embarqué Alexia pouur la Middle Sea Race et j’ai mis au point un plan pour qu’elle achète le bateau à Riccardo. 

Comment en êtes-vous arrivé à avoir le maxi-trimaran IDEC Sport ? 

Alexia est brillante et se met en quatre pour faire avancer les choses. Elle a rencontré par hasard le propriétaire d’IDEC Sport (Patrice Lafargue) à qui, elle a demandé s’il louait ou vendait le bateau. Après avoir échangé sur le projet, il a adhéré à l’idée, ils ont commencé à en parler et tout s’est enchaîné. Nous sommes vraiment chanceux d’avoir l’opportunité d’utiliser ce bateau, un bateau avec lequel Francis Joyon a eu beaucoup de succès et qui est le détenteur du Trophée Jules Verne.

Quelle est votre mission au quotidien et sur le plan stratégique ?

Au quotidien, nous nous contentons de faire avancer le projet. Nous ne sommes pas encore tout à fait au point en ce qui concerne le financement. Alexia est donc très active dans la recherche de partenaires et je suis plus en retrait pour m’assurer que les plans fonctionnent, pour veiller aux aspects techniques – plutôt le Mod70 pour l’instant car je suis dans les Caraïbes, là où se trouve le bateau. J’essaie aussi d’assurer la liaison avec l’équipe présente au chantier à Vannes qui s’occupent du gros bateau. Je suis un peu la caisse de résonance d’Alexia, notamment quand je dis « ce n’est pas possible, essayons de faire comme ça ». Je joue un peu le rôle du « mauvais flic » et je veille à ce que les choses restent en place.  Mais cela fonctionne, c’est la combinaison parfaite. Elle a tellement d’idées et d’énergie, nous travaillons vers un objectif commun et tout cela pour le bien du projet. 

Et quel est votre objectif d’un point de vue personnel et professionnel ?

Pour moi, l’objectif est de gérer la conception difficile du projet, et surtout de le mener à son terme en établissant un temps de référence pour une équipe entièrement féminine. Il n’y a plus beaucoup de records du monde comme celui-ci, donc être capable de le faire et de le réaliser est une chose et être capable de donner aux femmes l’opportunité de naviguer sur ces bateaux incroyables et fous est important. Le fait qu’elles n’en aient pas eu l’occasion jusqu’à présent semble insensé et ce n’est pas certainement pas parce qu’elles ne sont pas assez douées, mais il est important qu’elles acquièrent les compétences nécessaires. Rien ne m’a rendu plus fier que de voir Alexia barrer le Mod70 à plus de 35 nœuds. Mon objectif est de les aider à faire le tour du monde et, pour Alexia et nous, de débloquer des financements qui nous permettront de continuer à faire d’autres choses et de construire et soutenir une équipe de personnes cool et animées du même esprit. Tout cela aussi pour nous permettre de continuer après le Jules Verne. 

Êtes-vous très présent en tant que chef d’équipe ou êtes-vous de plus en plus à l’arrière-plan ? 

C’est un mélange, j’ai beaucoup dirigé les briefings et les débriefings jusqu’à présent, avec des personnes, comme Brian Thompson, qui venaient en tant qu’entraîneur et nous le faisions ensemble. Je dirige l’entraînement, j’élabore les programmes et je m’occupe de la formation. Je fais à peu près tout du point de vue de l’organisation. Nous n’en sommes pas encore là en termes d’effectifs et nous en faisons donc tous beaucoup. 

Quel est donc le prochain défi ? 

Le défi consiste maintenant à faire en sorte que les navigatrices puissent traverser l’Atlantique dans des conditions météorologiques favorables. Elles n’ont pas eu le temps de s’entraîner suffisamment et il y a quelques filles qui vont monter pour la première fois sur un Mod70. Nous passons donc de sept filles fortes à trois filles fortes, et j’entends par là fortes dans la navigation de nuit, fortes dans des conditions météos compliquées. Les filles s’envoleront le 8 et nous prévoyons de les faire partir le 12 ou le 13 avril pour la Transatlantique.