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Carnet de bord d'Alexia - J+2

57 jours hors du monde

Je suis à terre.
Et je me demande encore si tout ça a vraiment eu lieu.
Le sol ne bouge pas.
Les murs ne respirent pas.
La nuit est silencieuse — trop silencieuse.

Pendant des semaines, le monde oscillait.
Chaque geste avait un sens.
Chaque bruit racontait quelque chose :
le vent qui monte,
la coque qui tape,
la mer qui décide.

Aujourd’hui, tout est immobile.
Et c’est peut-être ça, le plus déroutant.
Est-ce que c’était un rêve ?
Ou est-ce que j’ai vraiment vécu ça ?

Les visages me reviennent.
Les rires fatigués.
Les silences .
Les regards qui n’avaient pas besoin de mots.
Cette manière très particulière d’être ensemble,
hors du temps,
hors du monde.
Il y a des images qui s’imposent sans prévenir.
Une lumière au lever du jour.
Une nuit d’étoiles trop belle pour être racontée.
Un bateau blessé, mais toujours debout.
Nous aussi.

Je touche encore le sel sur ma peau,
même après la douche.
J’entends le bateau,
même à l’arrêt.
Je sens cette tension douce,
celle qu’on a quand on est exactement à sa place.

À terre, on me demande souvent :
« Alors, comment c’était ? »
Je ne sais jamais vraiment quoi répondre.
Parce que ce n’était pas seulement une route autour du monde.
C’était une traversée intérieure.
Une expérience qui te transforme.
Ce que je sais,
c’est que rien n’était simple.
Mais tout était juste.

On n’a pas battu tous les chronos.
Mais on a tenu.
Ensemble.
Jusqu’au bout.
Et peut-être que le vrai vertige commence maintenant.

Apprendre à marcher droit
quand plus rien ne bouge.
Accepter que cette parenthèse se referme,
tout en sachant qu’elle restera ouverte quelque part en nous.

Alors non,
ce n’était pas un rêve.
C’était réel.
Brut.
Intense.

Et si parfois j’en doute encore,
c’est sans doute parce que certaines aventures
laissent une trace si profonde
qu’elles ressemblent à un songe.

Merci d’avoir été là.
À distance,
mais jamais absents.
Ce carnet se ferme.
La mer, elle, ne se referme jamais.
À très vite.