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Carnet de bord d'Alexia - 31/12

Et à minuit, on a dansé avec la mer

Il est 23h TU.
C’est mon quart.
Dehors, c’est toujours un peu la guerre.
Les vagues sont là, le vent aussi. Plus de 40 nœuds, fidèles au poste.
On doit être au 70ᵉ grain de la journée — et, chose étrange, pas de grêle ni de neige avec celui-ci. On s’étonne presque.
23h30. Dee est encore sur le pont.
Je lui dis :
— Tu restes jusqu’à minuit ?
Elle me répond, tranquille :
— Je veux fêter la nouvelle année avec vous.
Autant dire que, jusque-là, la fête n’était pas franchement à l’ordre du jour.
Notre priorité : faire marcher le bateau, ne rien casser, rester lucides.

Dans la journée, deux grosses vagues.
L’une ouvre la fenêtre de la cuisine et remplit le bateau.
L’autre projette Stacey Jackson trois mètres en arrière du poste de barre. Elle retombe sur les fesses. Quelques bleus. Rien de cassé. Mais un rappel clair : ici, ça ne plaisante pas.
Alors non, le réveillon ne nous traverse pas vraiment l’esprit.

Et puis 23h50.
Bex et Molly sont à la barre et aux réglages.
Moi, je jette un œil à la météo, puis aux filles dehors.
Je leur parle à travers la vitre — elles ne m’entendent pas, mais elles comprennent.
La question tombe :
Quelle musique ?
Ce sera Fireball – Pitbull.
Je trouve le morceau, je mets l’ampli à fond.
Bessie sort une bouteille de champagne et les chocolats qu’on avait gardés pour l’occasion.
Et finalement, tout le monde sur le pont.
Moins de deux minutes avant le compte à rebours.
On danse sous un grain à 45 nœuds.
Fireball à fond.
Et ça nous va si bien.

Ce n’était pas prévu.
Ce n’était pas calculé.
Mais qu’est-ce qu’elle fait du bien, cette célébration.
Le passage à la nouvelle année 2026, ensemble,
au cœur de cette immense aventure,
déjà le regard tourné vers ce qui vient.
Oui, on est fatiguées.
Oui, c’est dur.
Il fait froid, c’est humide, le bateau bouge sans cesse.
Mais quelle chance on a.
Point Nemo n’est pas loin.
Le Cap Horn aussi.
Nous avançons.

Une amie m’a écrit aujourd’hui.
Et ses mots ont trouvé leur place ici, naturellement.
Elle m’a parlé de Fernand de Magellan.
De cet homme qui n’a pas terminé son tour du monde, mais qui a ouvert une route,transmis un savoir, et surtout, n’a jamais renoncé à son rêve.
Elle nous a rappelé une chose essentielle :
ce qui compte, ce n’est pas seulement l’arrivée.
C’est le chemin. Les jours.
La manière de tenir, ensemble.
La façon de se battre pour quelque chose qui nous dépasse.
Le trophée, le record, la chance ou la malchance…
Tout ça ne nous appartient pas totalement.
Mais l’engagement, la détermination, le courage du quotidien —
ça, c’est entre nos mains.

À celles et ceux qui nous suivent.
À celles et ceux qui nous soutiennent.
À nos proches.
À ceux qui nous découvrent aujourd’hui.
À ceux qui nous connaissent depuis longtemps.
Nous vous souhaitons une très belle année 2026.
Qu’elle vous mette en mouvement.
Qu’elle vous rapproche de vos rêves.
Qu’elle vous donne l’audace de lever les yeux, et le courage d’avancer, même quand le vent souffle fort.
Parce qu’au fond,
ce sont toujours celles et ceux qui osent tracer leur route
qui finissent par trouver leurs étoiles.