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Carnet de bord d'Alexia - 30/12
Ça y est. C’est l’heure des cabrioles.
La machine à surfer est lancée,
la machine à rouler aussi.
Attachez vos ceintures.
Décollage imminent.
Grand huit engagé.
Bienvenue en direct du train express,
avec l’équipage de The Famous Project CIC à bord.
Ici, le paysage change sans prévenir.
Un claquement de doigts, et tout bascule.
C’est ça, le Pacifique.
Ce matin, on frôlait la perfection.
C’était très beau.
Très bleu. Un bleu qui apaise.
Un souffle d’air moyen, des vagues presque sympathiques.
On avançait bien.
Et puis le vent est monté. Évidemment.
Réduire la toile.
Il y a des mots qu’on évite de prononcer en mer. Comme dans Harry Potter.
Celui-là, on l’appelle Voldemort. Le hook.
Ça faisait un moment que je disais qu’il fallait arrêter de dire son nom.
Mais voilà.
Il a encore fait des siennes.
Deux heures.
Deux heures pour prendre un ris.
Deux heures, à l’échelle d’un tour du monde, c’est rien, me direz-vous.
Et vous avez raison.
Sauf que ces deux heures-là coûtent cher.
En énergie. En tension. En concentration.
Molly a dû monter tout en haut du mât.
Plus de trente mètres.
Trois mètres de creux.
Les vagues étaient bien rangées, certes…
mais quand on est suspendue à cette hauteur, le balancement prend une autre dimension.
Elle était à l’intérieur du mât,
mais la peur, elle, était bien à l’extérieur.
Et puis il y a ce bruit de fond permanent :
Et si ça ne marche pas ?
Et si on doit tout démonter ?
Combien de temps ? À quel prix ?
On à écrit à l’équipe technique. On a appelé Clément.
On a réfléchi. Essayé. Encore.
Avant d’envisager de renvoyer Molly là-haut, par l’extérieur cette fois. Et ça…
c’est vraiment pas cool du tout.
Finalement, on a capitulé.
Ou peut-être l’inverse.
Le hook a souri. Enfin. Premier ris pris.
Deux heures.
Rien… et pourtant suffisamment pour rater un train.
Le train du vent.
Celui qui vous emmène vers le système suivant.
Celui qui vous permet d’être à l’heure à votre rendez-vous avec la planète.
Cap Horn attendra.
Ce n’est pas le moment de confondre vitesse et précipitation.
Ce qu’il faut maintenant, c’est de la patience.
De la bienveillance. Avec le bateau. Avec nous-mêmes.
C’est ça, aussi, la clé des grands caps.
Nous entrons désormais dans le jeu du vent fort et de la mer formée,
jusqu’à la nouvelle année.
Nous allons passer un point chargé d’histoire.
Là où, il y a vingt-sept ans, un équipage féminin a dû renoncer.
Démâtage. Non loin du point Nemo.
Quand je vois les conditions que nous traversons aujourd’hui,je comprends.
Vraiment.
Elles naviguaient dans le temps du record d’Olivier de Kersauson.
Elles furent les premières. Les pionnières.
Celles qui ont osé dire : nous aussi.
Alors évidemment, on pense très fort à elles.
Tracy Edwards et l’équipage de Royal& Sun Alliance.
On a pris le relais.
Et on va tout faire pour être dignes.
Pour vous rendre fières.
Parce qu’un jour,
un équipage féminin terminera un tour du monde, sans escale et sans assistance.
Et ce jour-là, il y aura un peu de vous dans notre sillage.