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Carnet de bord d'Alexia - 28/12

Dimanche.
Cela n’a rien de pacifique.
Les vagues vous descendent, vous déconcentrent, vous font tomber, vous poursuivent.
Elles vous poussent à trop accélérer.
Un vent de sud-ouest, pas vraiment parfait — plutôt insolent.
Journée mode sanglier, avec un front à passer.
On avait presque oublié que parfois, ça pouvait être comme ça.
Un peu trop habituées aux jolies vagues et au vent presque parfait.

Alors la vie à bord se complique.
Le sommeil se fait haché, secoué par le bruit, le roulis, le froid.
Heureusement, l’équipe technique a insisté pour installer ce chauffage :
un luxe discret qui nous aide à chasser l’humidité et à rester un peu plus vivantes à l’intérieur du bateau.
On se relaie à la barre toutes les vingt, trente minutes.
Puis on se réfugie sous le cuddy, quelques instants, pour se réchauffer.
Et toujours la même question, en boucle :
comment faire mieux ?
Comment équilibrer le bateau pour qu’il avance bien, sans enfourner la prochaine vague ?
On joue avec la garde-robe d’avant : J2, J3…
Le J1, lui, attendra des jours plus conciliants.

Pendant ce temps, il y en a qui s’amusent.
Les oiseaux du grand Sud.
À 50° Sud, ils sont partout.
Petits, grands, solitaires ou en bandes.
Ils glissent, ils rasent, ils se jouent du vent.
Ils viennent danser dans les courants d’air de nos voiles, se laissent aspirer, recrachés, portés à nouveau.
Eux ne luttent pas : ils composent.
Ils nous rappellent qu’ici, la liberté a des ailes.

On avait dit qu’on ne regarderait plus trop les timings.
La vérité ? On les regarde quand même.
Objectif : le 1er janvier à Point Nemo.
Et pourquoi pas le 4 janvier au Cap Horn.
Rester sous les 50 jours…
Vu d’ici, ça paraît presque impossible.
Mais c’est justement pour ça que c’est un bel objectif.
Alors on va tout donner.
Comme toujours.
Peut-être encore un peu plus cette fois-ci,
pour sortir de ce tunnel au plus vite,
revoir le soleil passer ce cap,
retrouver un peu de chaleur.
Il faudra patienter une bonne semaine.
Après… on verra ce que l’Atlantique nous réserve.
C’est encore loin. On n’en est pas là.

Et puis je vais être honnête avec vous.
Ce soir, je suis fatiguée.
Pas la fatigue héroïque des affiches.
La vraie. Celle qui fait parler moins fort, penser plus lentement.
Ici, c’est beau, oui.
Immense.

Mais c’est aussi dur.
Le froid qui s’invite partout, le corps qui encaisse, l’esprit qui négocie.
On tient. On s’adapte. On avance.
Parfois avec grâce, parfois moins.
Alors j’écris.
Pour rester reliée.
Pour ne pas laisser la fatigue gagner trop de terrain.
Pour vous embarquer avec nous, vraiment —
pas seulement dans les belles images,
mais dans les creux, les silences, les moments où l’on doute
et où, malgré tout, on choisit de continuer.

Si ce carnet vous arrive jusqu’ici,
au fond de votre canapé, dans un train, ou juste avant de dormir,
sachez que ce lien-là compte énormément pour moi.
Ici, au milieu du Pacifique Sud,
à 30 nœuds et quelques frissons,
je vous envoie un peu de vrai.
Et ça réchauffe presque autant que le chauffage du bord.
Bonne soirée à vous.
On se retrouve demain.