News
Carnet de bord d'Alexia - 25/12
La nuit parle, la mer chuchote
La nuit, je parle.
La nuit, j’écris.
Ce carnet de bord, c’est pour vous raconter notre aventure, bien sûr…
mais c’est aussi — et peut-être surtout — pour moi.
Pour déposer les émotions. La peur, parfois.
Les doutes. Les idées qui tournent.
Les rêves qui s’invitent sans prévenir.
Comme on efface un tableau blanc pour refaire de la place.
Parce que vivre tout ça, c’est dense. Très dense.
Et qu’il faut de l’espace pour continuer à écrire l’histoire.
Ce soir, quelques étoiles sont revenues.
Ça faisait longtemps.
Elles ne sont pas nombreuses, mais elles sont là.
Comme des amis partis trop vite, sans prévenir, et qui vous manquent.
Le ciel les a laissées passer, timidement.
La journée, elle, était noyée dans le brouillard.
Visibilité minimale.
Un monde réduit à quelques mètres.
Mais le vent est toujours là, fidèle. Alors on ne se plaint pas.
On avance même un peu plus vite que ce que le routage nous promettait.
Peut-être parce que le vent est d’humeur clémente.
Peut-être parce qu’on a trouvé les bons réglages pour notre bel oiseau.
Et puis il y a le pilote automatique, ce compagnon discret, qui fait des merveilles.
La vie à bord est d’une routine presque hypnotique.
Les quarts. La vitesse à tenir. Quelques réglages ici ou là.
Un changement de voile d’avant — l’événement du jour.
Quand tout fonctionne bien, on n’a surtout pas envie d’y toucher.
On laisse faire. On écoute. On accompagne.
Et puis… Noël.
Ou plutôt : le plus long Noël de l’histoire de Noël.
De l’univers, peut-être.
On avait tellement envie que ça dure qu’on a retardé le moment.
À tel point que je crois que nous avons été les dernières personnes sur la planète à ouvrir leurs cadeaux.
Un Secret Santa.
Vous connaissez le principe.
Tirage au sort, cadeaux préparés avant le départ de Brest — un peu à la dernière minute.
Et cet après-midi, enfin, on a ouvert. Ensemble.
Autour d’un panettone au chocolat.
Ce gâteau italien des fêtes… que, personnellement, je peux manger toute l’année sans la moindre hésitation.
Maintenant, les regards sont tournés vers le large.
Vers la suite.
Comment traverser tout ça le plus vite possible, avec cette météo capricieuse — pas violente, non — juste compliquée.
Une zone de haute pression posée là, au milieu de la route, comme un embouteillage du 15 août.
Des kilomètres de circulation dense.
On se demande si ça va se fluidifier.
C’est encore possible.
On a quelques jours avant de connaître l’issue de cette histoire.
D’ici là, j’écris.
On se repose.
Le bateau chante toujours.
Et la mer, ce soir, est douce.