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Carnet de bord d'Alexia - 24/12
Un filet dans la mécanique du rêve
Il y a des journées qui arrivent déjà pleines, gonflées comme une voile au portant.
Celle-ci cochait toutes les cases : du vent, de la vitesse, un record potentiel en ligne de mire, le passage de notre deuxième cap mythique — Leeuwin — et, en embuscade douce-amère… la veille de Noël.
C’est étrange, Noël en mer.
On sait que la planète entière commence à clignoter de guirlandes, que les cuisines s’agitent, que les proches s’embrassent. On y pense. Fort. On a envie d’appeler, d’écrire, de dire « je pense à toi ». Et puis non. On est ailleurs. Très ailleurs. Comme dans un vaisseau spatial lancé à 30 nœuds, loin du monde.
Nos préoccupations sont simples, presque monacales : faire marcher le bateau, lire le ciel, comprendre la météo, , choisir les voiles, régler les voiles, manger, dormir, recommencer. La mer impose une vie minimaliste. Alors quand un « grand moment » arrive, ça secoue un peu la routine.
On était sur des rails.
Vitesse magnifique. Le bateau déroulait l’océan, prêt à avaler un record de milles en 24 heures. Et soudain… stop. Net. Brutal.
À 30 nœuds, le monde n’a pas l’habitude de s’arrêter.
Un filet de pêche.
Pas très grand. Mais solide. Têtu. Garnis de bouées comme pour dire « je suis là ». Il s’est lové autour du foil tribord — cet appendice élégant qui nous aide à voler au-dessus de l’eau.
Instantanément, l’orchestre s’accorde. Manœuvre connue par cœur : on enroule la voile d’avant, on ralentit, on prépare la marche arrière. Pas de panique. Juste de la méthode. Il faut libérer le filet sans qu’il décide d’aller visiter les safrans.
La manœuvre est propre. Calme.
Mais le foil ne bouge plus.
Et là, le cerveau commence à tourner. À imaginer. À anticiper.
Puis la décision, très simple, très marine : on avance.
Le foil ne semble pas blessé. Le vrai diagnostic attendra un moment plus calme.
Parce qu’en mer, il n’y a pas que la technique à gérer. Il y a le vent.
Et aujourd’hui, le vent est là. Encore pour 24 heures. Après, il s’éclipsera sans prévenir.
Alors on prend ce qu’il donne. On prend des milles. Beaucoup.
Le plus possible vers l’Est. Parce qu’une fois Leeiwen derrière nous, il restera 4 000 milles pour traverser le Pacifique et aller saluer le prochain géant : le cap Horn.
On remet du charbon.
On déroule la voile.
Et on passe le cap.
À bord, c’est la fête.
Stacy Jackson, notre Australien préféré, entonne Down Under.
Champagne pour le bateau, pour l’océan Indien… et un peu pour nous.
Merci Xavier.
Des friandises australiennes.
Des oursons à la guimauve offerts par notre partenaire Angelina.
Le luxe ultime en mer : le partage.
Ce soir, c’est la nuit la plus froide.
On la passera dehors. Par choix.
Sous les étoiles.
Demain, ce sera Noël. Noël au milieu de l’océan Indien.
Loin de tout.
Mais ensemble. Et avec vous.
Merci pour votre soutien.
On vous aime.
Où que vous soyez sur cette planète bleue, joyeux Noël.
Et si ce soir vous êtes seul, ou dehors, ou un peu à part… regardez le ciel.
Nous, on le regarde aussi.