News
Carnet de bord d'Alexia - 24/01
Jusqu’ici tout va bien.
J’ose à peine le chuchoter, jusqu’ici tout va bien.
Une journée sans surprise.
Sans mauvaise nouvelle.
Ingrid est rentrée chez elle, à sa mer.
L’océan, lui, s’est rangé de notre côté.
On a trouvé un rythme.
Avec nos voiles d’avant.
Et avec cette grand-voile arrachée, blessée, mais toujours là.
Brave. Fidèle.
Elle tient. Malgré tout.
On compte les milles pour l’arrivée, plus que jamais.
Et en même temps, on reste sur le qui-vive.
Les vagues sont grosses.
Le vent toujours aussi puissant.
Ne rien casser.
Un œil partout. Tout le temps.
Le J3 se prend pour une star de cinéma.
C’est clair : cette petite voile d’avant est la star du finish de notre tour du monde.
On la manipule avec la délicatesse d’un restaurateur d’œuvre d’art.
Chaque geste compte.
La nuit, nos lampes torches l’éclairent.
Plan serré. Plan large. Des pieds à la tête.
On inspecte. On vérifie.
Et on recommence.
La moindre égratignure n’est pas permise.
Deux nuits.
Six cents milles nautiques.
Cinq quarts sur le pont.
Trois carnets de bord.
Quatre repas… en ce qui me concerne
Ce soir, à minuit, nous serons au large de Vigo.
On saluera de loin la maman de Tamara, qui vit là-bas.
Et puis aujourd’hui, c’est la Journée internationale du sport féminin.
Alors je le dis sans drapeau, sans slogan.
Juste depuis ici. Depuis le réel.
Quand ça casse, personne ne nous sauve.
Il n’y a pas de bouton pause, pas de joker.
On décide. On répare. On avance.
C’est ça, la réalité du haut niveau.
Le sport féminin, ce n’est pas une version allégée du sport.
C’est la même mer.
Les mêmes nuits. Les mêmes risques. La même exigence.
Simplement, parfois, un peu plus de silence autour.
Et si on attend l’égalité parfaite pour se lancer, on ne part jamais.
Nous, on est parties.
Avec nos doutes.
Nos imperfections.
Et cette certitude étrange et tenace :
qu’on apprend en faisant,
qu’on progresse en osant,
et qu’on tient surtout… ensemble.
Nous sommes fatiguées.
Mais debout.
Concentrées.
Toujours en mouvement.
J’ai hâte d’arriver.
Vous allez me manquer.