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Carnet de bord d'Alexia - 23/01

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Ingrid, invitée surprise

Il y a des anniversaires avec des ballons.
Des bougies.
Des verres qui tintent.
Et puis il y a ceux où la mer décide de venir souffler elle-même.

Ingrid, donc.
Ingrid n’était pas invitée.
Vraiment pas.

On avait dit : on arrive pour l’anniversaire de Dee.
On avait même dit : on dansera sur les tables.
On avait dit beaucoup de choses, d’ailleurs.
La mer, elle, a écouté poliment… puis a fait exactement l’inverse.

Hier soir, pourtant, tout semblait écrit à l’avance.
Un stop. Des ronds dans l’eau.
Une parenthèse près des Açores.
Une dernière manœuvre pour aller chercher l’endroit le moins violent — moins de vent, moins de vagues, moins de tout.
Et là…
La grand-voile.
Ce qu’il en restait. Qui s’ouvre en deux.
Net. Sans débat.
Un sac de toile. Une voile fatiguée.
Un bateau qui dit : les amis, j’ai beaucoup donné.
Il reste une voile à l’avant, oui.
Les chevaux sont toujours sous le capot.

Mais la partition a changé.
Décision rapide. Claire. Cap sur Brest.
Malgré la tempête.
Pour ne pas se faire rattraper par celle d’après — parce qu’évidemment, il y en a une autre derrière.
Aujourd’hui :
8 mètres de vagues.
40 nœuds de vent.
La mer en version XXL.
Exactement ce qu’on voulait éviter.
Donc évidemment… on est dedans.
Encore une fois, ce sont les éléments qui mènent la danse.
Et nous, on suit le tempo.

Notre joli bateau est fatigué. Nous aussi, un peu.
Il est temps d’arriver à bon port.
Naviguer là-dedans, c’est tout sauf confortable.
C’est intense.
C’est stressant.
Et c’est beau.
Terriblement beau.

Gina, notre pilote automatique depuis le début, a décidé que c’était trop pour elle.
Elle s’est arrêtée.
Fin de carrière.
Rideau.
Heureusement, Rocco — le pilote de secours — est entré en scène.
Discret. Solide.
Professionnel.

Ça fait peur.
Et en même temps…
Ces bleus dans les vagues.
Ces dégradés impossibles.
Cette puissance.
On pourrait rester des heures à regarder.
Si on n’avait pas, accessoirement, un bateau à mener.
Ce soir, ça doit se calmer.
Demain, “plus que” 7 mètres de vagues.
Puis une descente progressive, comme un long soupir, jusqu’à Brest.

Et au milieu de cette journée complètement surréaliste…
On a fêté l’anniversaire de ma co-skipper, Dee Caffari.
53 ans.
En mer.
Dans la tempête.
On n’a pas grand-chose à bord.
Mais on a trouvé de quoi faire souffler des bougies.
Des friandises — le dernier trésor de Bessie et Debs.
Une chanson proposée par Molly.
We Pray de Coldplay, version Killing Kittens — notre groupe, oui, parce qu’il fallait bien un nom.
Dee, c’est l’expérience.
Des tours du monde plein les poches.
Un entraîneur pour les plus jeunes du bord. Mais aussi notre docteur, amie …
Une présence joyeuse.

À vous qui lisez ces lignes,
à distance mais à bord quand même :
on arrive.
Un peu cabossées.
Très vivantes.
Et avec encore quelques belles pages à écrire avant de poser le bateau à Brest.