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Carnet de bord d'Alexia - 22/01

L’archipel des Açores, notre refuge au milieu de l’Atlantique

Les îles
São Miguel · Faial · Graciosa · Pico · São Jorge · Terceira · Ferraria
Il y a des archipels qui sont des cartes postales.
Et puis il y a ceux qui sont des remparts.
Les Açores, c’est une poignée de volcans posés au milieu de l’Atlantique Nord.
Des îles nées du feu, dressées contre la houle, habituées à regarder passer les systèmes météo les plus sérieux de la planète.
Ici, la terre ne promet rien — elle protège. Elle canalise. Elle absorbe.
Ces îles vont être nos murs porteurs pendant vingt-quatre heures.
Pas un refuge confortable. Un refuge marin.

Nous avons choisi de ralentir.
De ne pas naviguer au creux de la tempête qui s’organise là, devant nous.
La même qui tente de nous barrer la route vers cette ligne d’arrivée que nous attendons depuis plus de cinquante jours.
On le savait.
L’Atlantique Nord en hiver, c’est rarement une formalité.

Ça me ramène aux départs de la Route du Rhum ou de la Transat Jacques Vabre.
À peine sortie du port, tu te fais cueillir.
Vent violent. Vagues immenses.
Pas le temps de t’installer dans la course — tu es immédiatement dans le dur.

Devant nous, aujourd’hui, les conditions sortent du raisonnable.
Et notre objectif n’a jamais changé : terminer ce tour du monde.
Être les premières à le faire.
Mais surtout le faire entièrement, en passant la ligne d’arrivée en un seul morceau.

Ce n’est pas une décision facile.
Cela fait trois jours que j’en parle à l’équipage.
C’était l’une des hypothèses travaillées avec l’équipe de Christian Dumard, notre routeur météo.
Être transparente sur les choix, sur les risques, sur les renoncements temporaires, ça aide à accepter l’inimaginable.
Aujourd’hui, tout le monde est aligné.

Quand nous repartirons, il y aura encore six mètres de creux et une trentaine de nœuds de vent.
Ce ne sera pas du repos.
Mais ce sera un choix maîtrisé.
Un choix de marins.
Avec ce que nous vivons ces derniers jours, je me dis que ce tour du monde n’aura jamais été simplement une navigation.
C’est un autre niveau de lucidité.
Une autre manière de décider.
Même quand c’est inconfortable.
Surtout quand c’est inconfortable.

Concrètement à bord, la journée a été consacrée au tour complet du bateau.
Sécuriser. Vérifier. Anticiper.
Nous poursuivrons demain, même si la mer forcit.
Cette dernière danse que les éléments nous offrent, nous serons capables de la tenir.

Demain est aussi un jour particulier.
L’anniversaire d’une personne très spéciale.
Ce sera l’occasion de vous parler d’elle, de comment elle est devenue ma co-skipper, et de ce qu’elle représente dans cette aventure: Dee Caffari.

Pendant ce temps-là, à Brest, les familles commencent à arriver.
Des quatre coins de la planète.
Australie. Nouvelle-Zélande. États-Unis. Angleterre. Pays-Bas. Espagne.
Nos familles.
Nos amis.
Ils seront là.
Je ne vous cache pas que j’écris ces lignes avec les larmes aux yeux.
Je sais que vous aussi, vous serez là — d’une manière ou d’une autre.
Ce n’est pas toujours simple de s’organiser pour être en présentiel, et on ne vous en voudra jamais pour ça.
Cette arrivée est un peu spéciale.
En avant-première, les Sodeboys.
J’espère qu’ils seront là dimanche pour chauffer le podium, et grâce dispositif incroyable mis en place par les équipes de Brest et de la Ville. Commencer à vous faire vivre cette fête des tours du mondistes.
Et si tout va bien…
Lundi, ce sera notre tour.
À très vite.
En mer.
Toujours.