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Carnet de bord d'Alexia - 21/12
Le tempo gris des mers du Sud
Le vrai courage, c’est de rester lucide quand tout devient instable.
Ici, changement d’ambiance.
Changement de système.
On sort d’une logique simple — précéder une dépression — pour entrer dans quelque chose de plus subtil :
jongler entre une dépression qui s’éloigne et une zone de haute pression qui s’installe,
se repositionner, déjà, pour la suivante.
C’est le moment des transitions.
Et les transitions, en mer comme ailleurs, c’est là que tout se joue.
Il faut être opportuniste, mais pas trop gourmand.
Incisif, mais pas agressif.
Se placer intelligemment pour éviter de trop manœuvrer…
même si, ironie du sort, on manœuvre beaucoup, parce que le vent change sans prévenir, et la mer avec lui.
On a parfois l’impression d’être à une soirée où le DJ serait légèrement ivre.
Il passe ses disques sans aucune cohérence, change de tempo toutes les trois minutes,
et toi, tu essaies quand même de danser sans te faire une entorse.
C’est épuisant.
Le ciel est typique des mers du Sud :
gris sur gris sur gris.
Une humidité qui te traverse.
L’intérieur du bateau qui perle, littéralement. On a finalement mis deux heures de chauffage.
Tout suinte, tout respire, tout fatigue un peu.
Et pourtant…
c’est précisément dans ces moments-là que tu peux gagner.
Grappiller des heures.
Parfois même des jours.
C’est là qu’il ne faut pas céder.
C’est un peu comme cet enfant qui passe du rire aux pleurs parce qu’il est épuisé.
Tu sais qu’il ne faut pas négocier.
Il faut le mettre au lit.
Dormir.
Pour attaquer la journée suivante avec un cerveau à nouveau aligné.
Cette semaine, on l’a bien compris :
la performance n’est pas une pointe.
C’est une trajectoire.
Et la clé, c’est de durer.
Dans cette ambiance un peu déstructurée, on a eu notre rayon de soleil.
Bex a fêté ses 26 ans.
Bex, c’est la joie de vivre à l’état brut.
Un diamant.
Un peu suisse, mais surtout kiwi.
Toujours volontaire.
Toujours partante.
Que ce soit pour bricoler, régler une voile ou donner un coup de main à n’importe quelle heure.
La navigation à la néo-zélandaise : instinctive, engagée, profondément ancrée.
L’équipage avait préparé un gâteau d’anniversaire.
Une chenille.
Apparemment très populaire.
Je ne connaissais pas.
Une sorte de viennoise briochée au chocolat qui, contre toute attente,
a gardé sa forme, sa structure et son goût malgré les jours passés en mer.
Quelques petits cadeaux.
Une sauterie improvisée.
On s’est retrouvées toutes ensemble dans le carré,
en se relayant bien sûr — toujours quelqu’un dehors à la barre.
C’était simple.
C’était joyeux.
C’était précieux.
J’ai adoré.
Le vent devrait mollir.
La mer aussi.
Ouf.
On passe de 4 mètres de creux à un peu plus de 3.
De 30 nœuds à 25.
Quelques manœuvres au programme.
Et on poursuit notre cavalcade vers l’est.
On espère, au prochain lever du jour,
un petit bout de ciel bleu.
Parce que je ne sais pas vous…
mais moi, côté moral,
ça change absolument tout.