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Carnet de bord d'Alexia - 21/01

À moins de 1 500 milles nautiques de l’arrivée

You rock, Team.
Vraiment.
Même quand la mer fait semblant de ne pas être d’accord.
Ce n’était pas une journée facile.
Pas une de celles qu’on encadre.
Est-ce que le sort s’acharne ?
Je ne crois pas.
Je me méfie toujours du mot sort.
Il donne trop d’importance aux choses quand, parfois,
c’est juste la vie qui coche une case en disant :
« Tiens, maintenant. »
C’est peut-être l’accumulation.
L’empilement discret.
Les conséquences qui arrivent en retard,
comme des invités qui auraient raté leur train
mais finissent quand même par débarquer.
Et pourtant, ces dernières heures…
On était fières.
Vraiment fières.
De naviguer à nouveau presque normalement.
Avec ce foil tribord toujours un peu cabossé,
comme un genou d’ancien rugbyman.
Pas parfait.
Mais vaillant.
On a aimé le portant.
Le soleil.
Le bateau qui glisse.
Ce moment suspendu où l’océan te dit :
« D’accord. Vas-y. Je te laisse passer. »

Alors on regarde la météo.
Les fichiers.
Les flèches qui se resserrent.
Les dépressions qui s’organisent.
Avec Dee, on anticipe.
Parce qu’anticiper, c’est notre manière d’être audacieuses sans être inconscientes.
Prendre un ris.
Rester dans le tempo.
Continuer d’avancer,
mais sans jouer les héroïnes de cinéma muet.
Et puis…
la grande voile.
Elle s’est ouverte en deux.
Horizontalement.
Net.
Presque élégant.
Presque.
Juste sous le deuxième ris.
Là où elle avait déjà vécu.
J’étais à la barre quand les trois quarts de la grand-voile me sont tombés dessus.
Un instant très graphique.
Très peu confortable.
Il restait un quart accroché en haut,
haché, battant, furieux.
Quatre heures.
Quatre heures pour descendre la voile.
Molly est monté deux fois dans le mât.
Ce n’était pas drôle.
Mais alors pas du tout.
C’était dur.
C’était physique.

Et pourtant…
Nous voilà de nouveau sur la route de Brest.
Avec un morceau de grand-voile.
Et c’est là que la vie est bien faite.
Parce que ce morceau-là,
c’est exactement celui qu’il nous faut
pour affronter la grosse dépression annoncée
et rentrer à la maison.
Comme quoi,
on n’a pas toujours besoin de tout.
Juste de l’essentiel.
Haut les cœurs.
On ne lâche rien.
Nous sommes les Rugissantes.
Et on ne rugit pas pour faire du bruit,
mais pour rester debout.

Ces derniers jours, j’ai beaucoup pensé
au Lièvre et à la Tortue.
À cette vieille fable où l’un va vite, trop sûr de lui, et l’autre avance, patiemment, obstinément.
Mais aujourd’hui, la mer raconte une autre histoire.
Ici, le lièvre ne dort pas.
Le lièvre file. Il ose. Il s’engage.
Et il réalise une performance de dingue.
Alors non, il n’y a aucune morale à tirer contre lui.
Seulement du respect.
Et l’envie sincère de lui souhaiter le meilleur.
Parce qu’en mer, il n’y a ni bons ni mauvais rôles.
Il y a des trajectoires différentes,
des choix assumés, et une même passion qui nous pousse au large.
Nous avançons à notre rythme.
Eux à pleine foulée.
Et dans cette course autour du monde,
il y a de la place pour plusieurs façons d’écrire l’exploit.
Bon vent à Sodebo Ultim 3.
La mer est assez grande pour les rêves de chacun.

Et le dernier mot sera pour vous.
Vous savez quoi ?
Vous êtes juste incroyables.
Merci.
Je n’ai pas d’autre mot.
Merci pour vos messages.
Votre bienveillance.
Votre soutien.
Vos encouragements.
Vos sourires qu’on devine entre les lignes.
Sachez-le :
ça compte énormément pour nous. 💙