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Carnet de bord d'Alexia - 18/12
La mer, désormais, est presque lisible, et ça change tout : elle nous permet enfin de garder une vitesse plus constante, plus propre, moins hachée.
Et cette vitesse-là, mine de rien, c’est elle qui a redonné le sourire à bord depuis hier.
On s’était pourtant fait la promesse de ne plus regarder les chiffres.
De bien faire, simplement.
De s’appliquer, d’être, rigoureuses, concentrées.
Et c’était déjà beaucoup.
Mais évidemment… on ne va pas se contenter de ça.
Alors on met les gaz. On appuie sur le champ. On accélère. Et surtout, on s’efforce de tenir la cadence.
Parce que dans la voile comme ailleurs, dans le sport comme dans la vie, le plus difficile n’est pas d’aller vite une fois, mais d’y arriver longtemps.
La régularité, oui c’est bien elle.
C’est réussir à faire circuler l’information sans bruit inutile : d’un cœur à l’autre,
d’une barre à l’autre, d’un poste de réglage à l’autre, malgré les variations de vent, de force, de direction.
Et là, depuis quelques heures, tout semble vouloir se stabiliser.
Enfin.
La nuit, elle, arrive sans demander la permission.
Après quarante-huit heures un peu diaboliques à se faire secouer, elle laisse derrière elle une dette de sommeil bien réelle.
Et pourtant, sur le dernier quart off, je me suis endormie.
Vraiment.
Malgré les sifflements, malgré les vibrations, malgré les rugissements du bateau.
Rugissements…
Le mot revient.
Les mers rugissantes ne sont plus très loin. Rien que d’y penser, j’ai des frissons.
La nuit revient déjà.
Plus vite qu’hier.
On a essayé d’écouter de la musique en barrant avec mon téléphone.
On a oublié l’ampli.
Un peu dommage, vu le bruit du bateau, ses chants, ses sifflements.
Difficile d’entendre quoi que ce soit.
Heureusement, on a une équipe qui connaît toutes les paroles de toutes les chansons.
Alors on chante.
Faux, juste, ensemble.
Et ça suffit.
Et puis…
on a vu notre premier albatros.
Un indien.
Silencieux.
Majestueux.
Ça m’a donné des frissons.
Les étoiles sont là.
Majestueuses, indifférentes.
Les satellites aussi — trop nombreux, trop proches — au point qu’on se demande comment ils font pour ne pas se rentrer dedans.
La lune, elle, est infiniment fine, presque timide.
La température baisse.
Quand je touche les écoutes, je sens ce petit croustillant du froid.
Pas de glace encore, mais un avant-goût.
J’hésite à sortir les gants, à enfiler la cagoule. Je sais que ce sera pour la nuit prochaine.
Quand jour se lève.
La lumière remet un peu d’ordre dans le désordre. Les traits sont tirés, les gestes un peu lents, mais l’énergie est là.
Debs, la plus jeune du bord bec ses 23 ans et notre media woman improvisée s’en sort incroyablement bien. Elle capture les premières lumières du jour.
Elle court partout, elle capte, elle raconte, elle compose avec le bruit, le vent, les manœuvres, le timing impossible.
On continue à garder nos good vibes, même quand le stress pointe, même quand la fatigue se rappelle à nous.
La journée s’annonce clémente, mais exigeante. Le vent appelle des manœuvres, des réglages, de l’attention.
Et sûrement un petit dépannage en fin de journée.