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Carnet de bord d'Alexia - 17/12

Rocco, les étoiles et 4 000 milles

Je ne sais pas très bien si, au réveil, j’ai l’impression de sortir d’un match de boxe — celui où tu prends plus de coups que tu n’en donnes — ou d’une piste de ski façon Edgar Grospiron, version bosses à répétition, mais ce qui est sûr, c’est que tout est affaire de relief, de creux, de vagues, et d’un bateau qui saute d’une vague à l’autre sans jamais vraiment avoir le temps de se poser, de s’installer sur un surf propre, long, élégant, comme on les aime.
À peine le temps de croire que ça y est, qu’on y est, que la glisse s’installe… et déjà la vague suivante arrive, impatiente, puis une autre de côté, presque sournoise, comme une phrase mal finie, juste pour rappeler que cette nuit, la mer n’avait absolument aucune intention d’être rangée.
Un désordre liquide.

Ce matin, pourtant, quelque chose s’apaise.
Ça ne va pas mieux — pas encore — mais ça va autrement.
L’horizon desserre les dents, les vagues se parlent un peu plus calmement, et on sent que le chaos pourrait accepter, dans quelques heures , de baisser le volume.

Cette nuit encore, le pilote automatique a tenu la barre.
Ce coup-ci, ce n’était pas Gina.
C’était Rocco.
Le pilote hydraulique.
Le genre de type discret mais solide.
Il y a eu des alarmes, bien sûr.
Toujours ces petites lumières qui s’invitent sans prévenir, un peu stressantes, un peu insistantes.
Mais Rocco n’a rien lâché.
Il a continué, obstiné, comme un refrain qu’on ne parvient pas à faire taire.

Quand tu regardes devant, tout va vite.
Il n’y a pas de lumière, juste cette vitesse assourdissante, qui te traverse.
Alors tu lèves la tête, presque par réflexe, comme pour demander autre chose…
et là, le ciel.
Les étoiles.
Majestueuses, lointaines, indifférentes.
Elles regardent passer nos hésitations, nos efforts, nos petites batailles mécaniques, avec cette élégance un peu froide qui remet tout à sa place.

Le jour finit par se lever.
On reprend la barre.
La consigne est claire : sortir vite de ce secteur mal famé, laisser derrière nous cette nuit en vrac, et retrouver ces vagues longues, régulières, celles qui donnent envie d’y croire encore, de tracer droit, vers l’est.

À un moment, il faudra bricoler ce sacré hook.
Il est là, tapi quelque part, à attendre son heure.
Je doute qu’il se fasse oublier avant l’arrivée.
Mais l’objectif, lui, reste
Calé.
Tenace.
Leeuwin pour Noël.
À nous d’avaler ces 4 000 milles.