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Carnet de bord d'Alexia - 16/01

Après l’équateur, il reste l’essentiel

9 jours, 5 heures, 38 minutes, 18 secondes.
C’est notre temps de passage de l’équateur.
Un chiffre posé là, presque sage, alors que tout de suite après… l’océan a décidé de nous rappeler qu’il avait encore son mot à dire.
À peine le temps de regarder la ligne imaginaire dans les yeux que la zone de convergence nous attrape par le col.
Gros coup de ralentisseur.
Le genre de passage où le bateau avance à l’envie, où la patience devient une manœuvre à part entière.

Cette nuit, les grains sont revenus.
Pas violents. Juste assez joueurs pour nous offrir un luxe rare : une douche à la belle étoile. L’eau tiède sur la peau, le bateau quasi à l’arrêt.
Un moment suspendu, comme si l’océan disait : tiens, cadeau.

Ce matin, plus de vent.
Alors on bricole.
On range. On anticipe.
Et Bessie — docteur winch officiel du bord — se met en action, clé en main, regard concentré, dans ce silence particulier des bateaux arrêtés, où chaque cliquetis résonne comme une conversation.

Ici, il nous reste encore plus de 3000 milles à parcourir.
Ce n’est pas rien.
Mais ce n’est plus abstrait non plus.
On commence à compter autrement.
Pas en milles.
En regards échangés.
En silences partagés.
En petites phrases lancées à la volée qui disent
je suis là,
moi aussi,
on continue.

Ce matin, pendant le live avec Sopra Steria, on a parlé de performance, de nuits en mer, de moments forts,
de ce que l’on aimerait transmettre.
Et en coupant la caméra, je me suis dit que le plus important n’était peut-être pas dans les réponses, mais dans la manière dont on se regarde, dont on se parle.
Parce que, quel que soit le score final,
si on continue à naviguer de belles manières, à prendre soin du bateau
et les unes des autres, si ce collectif reste uni jusqu’au bout, alors oui — ça sera une victoire.
Les derniers jours en mer sont toujours les plus délicats. Pas à cause de la météo.
Mais à cause de l’envie d’arriver.
Cette impatience douce, un peu dangereuse, qui s’invite quand on commence à se projeter à terre.
Souvent, à 24 heures de l’arrivée, on réalise que c’est bientôt fini… et, paradoxalement, on a envie que ça ne se termine jamais.
Alors on savoure encore.
Les grains.
Les calmes.
Les bricolages improvisés.
Les rires fatigués.
Les silences pleins.
On avance.
Ensemble.
Et c’est déjà immense.

Et à vous qui nous lisez à terre — collaboratrices et collaborateurs de nos partenaires, équipiers silencieux mais essentiels — chaque mille parcouru porte aussi votre énergie.
Depuis le jour du départ, vous êtes là, en fil invisible mais solide.
On avance pour nous, bien sûr… mais aussi un peu pour vous.
Merci d’être à bord.