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Carnet de bord d'Alexia - 15/12

Le jour d’avant le cap:
Hier, à cette latitude,
la question n’était pas si on allait faire quelque chose…
mais où.
Où déployer.
Le plus à l’Est possible.
Le plus près possible de Greenwich.
Parce que même en pleine mer,
les lignes imaginaires comptent.

Alors on a fait ça.
On a confié à l’océan des profileurs Argo.
Un profileur Argo,
c’est un drôle de compagnon de voyage. Un petit robot autonome, très discret,
qui plonge jusqu’à 2000 mètres
— oui, là où la lumière renonce — puis qui remonte, tous les dix jours, prendre l’air et raconter au monde ce qu’il a vu.
Il transmet par satellite
des informations précieuses
pour les scientifiques,
les météorologues, et, quelque part, pour nous tous.
Il fait partie d’une grande famille.

Environ 4000 flotteurs Argo
qui dérivent aujourd’hui dans toutes les mers du globe.
Une armée silencieuse
au service de la connaissance de l’océan.
Celui-là nous a été confié à Brest par l’Ifremer.
Et il a même été adopté par une classe de primaire de l’école de Kerargaouyat — prononciation à travailler, mais nom formidable.
Alors ce flotteur-là,
en plus des scientifiques,
il sera suivi par des enfants.
Et rien que pour ça,
on lui souhaite une longue vie
et de grandes aventures dans les abysses.

Pour moi, c’est essentiel.
Naviguer, ce n’est pas seulement aller vite
ou aller loin.
C’est aussi observer, comprendre, et transmettre.
Avec 4myplanet, depuis plus de quinze ans, je crois profondément à cette idée :
on ne protège bien que ce que l’on connaît.

La nuit, elle, était noire.
Pas noire poétique.
Noire totale.
Une nuit où barrer devient presque abstrait.
Alors on a laissé faire Gina,
notre pilote automatique.
Oui, elle a un prénom.
Et cette nuit-là,
elle était très fiable.
Deux empannages dans l’obscurité,
dans ce silence particulier
où la mer respire plus fort que nous.

Côté équipage,
on digère encore la décision de poursuivre.
Un nouveau rythme.
Un nouveau tempo.
Une dynamique qui se transforme.
Pas dans le bruit.
Plutôt dans l’ajustement.

Ce matin, on file vers l’Est.
Le vent est plus soutenu.
Les surfs s’enchaînent
dans des vagues de 3,5 mètres.
Notre bel oiseau IDEC Sport
semble apprécier ce régime-là.
Il vole plus qu’il ne court.
L’Afrique du Sud , pour nous,
c’est demain.
Et demain, surtout,
ce sera le Cap de Bonne-Espérance.
Notre premier cap.
Un vrai.
Un symbole.
Un passage.
Un milestone.
À célébrer.
Et aujourd’hui,
il y a une autre célébration.
C’est l’anniversaire de Zion Barrier.
19 ans.
Mon neveu, dont je suis tellement fiere.
Alors bon anniversaire mon chéri.
Et rendez-vous demain,
au bout de l’espérance.