News
Carnet de bord d'Alexia : 14 décembre
C’est ça que vous n’allez peut-être pas me croire…
mais on a failli le faire.
Ça fait deux jours qu’on y pense.
Deux jours qu’on ne pense qu’à ça.
Qu’on évalue. Qu’on analyse.
Qu’on retourne la question dans tous les sens.
Parce que, dans une grande aventure,
la décision la plus difficile à prendre…
ce n’est pas de partir.
C’est celle d’abandonner.
L’avarie mécanique qui nous touche n’est pas anodine. Elle est sérieuse.
Mais elle ne met pas en péril notre sécurité.
Elle met en péril la vitesse. Le record.
Les chiffres.
Elle ne met pas en péril notre histoire.
Ni notre rêve.
Ni notre ambition d’écrire une page de notre sport en devenant le premier équipage féminin à boucler un tour du monde sans escale et sans assistance
sur un maxi multicoque.
Alors oui…
on ira moins vite.
Et oui…
on est compétitrices.
Donc ça pique un peu.
Mais ce qu’on vit ici est exceptionnel.
Unique.
On va moins vite… mais on est ensemble.
Ensemble pour battre nos peurs.
Nos doutes.
Nos angoisses.
Ensemble pour progresser.
Ensemble pour vivre le Grand Sud.
Et ça, franchement… ça n’a pas de prix.
En tout cas, pas celui de quelques nœuds
volés par une pièce mécanique défaillante.
Alors cette décision, on l’a prise.
Celle de continuer.
J’ai beaucoup échangé.
Avec Christian Dumard.
Avec Brian Thomson aussi.
Avec l’équipe à terre.
J’ai senti la puissance du soutien.
Technique.
Humain.
Et puis il y a eu les regards.
Celui de mes parents sur WhatsApp.
Mes yeux qui ont pleuré ces deux derniers jours, en se demandant si on était folles…
ou simplement vivantes.
Et puis on a regardé devant.
Avec lucidité.
Ça ne va pas être simple.
On va encore bricoler.
Adapter.
Composer.
Mais on y va.
Parce qu’on avance encore.
Parce que le bateau avance.
Parce qu’on fait des milles.
Parce qu’on est dans les temps d’une aventure immense.
Parce que personne ne se souviendra d’un chiffre…mais tout le monde se souviendra d’un aboutissement.
Parce que, quoi qu’il arrive,
on est en train de vivre quelque chose
que très peu de gens vivront un jour.
Parce que traverser le Sud à 30 nœuds dans 40 nœuds de vent, ça ne s’apprend pas dans un manuel.
Parce que passer le Cap Horn en équipage féminin, sur un trimaran,
ça ne s’efface pas.
Parce que, si un jour il faut s’arrêter,
on saura le faire en conscience.
Mais pas maintenant.
Pas ici.
Et puis il y a vous.
Des milliers.
Des centaines de milliers.
Peut-être plus.
Des gens qui nous suivent.
Qui nous regardent.
Qui ne nous demandent pas un temps.
Mais une histoire.
Des gens qui seront fiers
le jour où on coupera la ligne à Ouessant.
Peu importe l’heure.
Peu importe le chiffre.
Alors non.
On n’écoute pas les quelques voix cyniques.
On écoute l’élan.
Le collectif.
La confiance.
On y va.
On va le chercher, cet exploit.
Ensemble.
Avec vous.
Avec votre soutien.
Et on vous aime fort.
Merci pour toutes ces good vibes.
Elles nous portent plus loin que le vent.