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Carnet de bord d'Alexia - 12/01
En attendant les alizés
Voilà.
On y est.
Enfin… je l’espère.
Le dernier virement de bord pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène.
Si le tempo est bon, si la partition est juste, nous allons pouvoir enfin faire route vers le nord. Le vent continue de basculer vers la droite.
Et bientôt, le prochain bruit que l’on attend tous : le choquer des voiles.
On ouvre.
On accompagne le vent.
Et le bateau accélère.
Si ça ne vous parle pas trop, imaginez plutôt ceci : le moment précis où vous sortez d’un bouchon.
Vous ne reprenez pas seulement la route.
Vous relâchez le ventre.
Les mâchoires.
Vous respirez.
Direction la maison.
Dans 1 500 milles, ce sera le passage de l’Équateur.
Avec, la fameuse zone intertropicale de convergence — le Pot au Noir.
On espère qu’elle sera clémente. Moins étendue qu’à l’aller. Assez indulgente pour nous laisser passer sans trop discuter.
Il faut arriver vite dans l’hémisphère Nord.
Là-haut, une haute pression nous attend.
Il faudra composer avec elle.
La comprendre.
C’est elle qui, en grande partie, définira la date d’arrivée.
On n’y est pas encore.
Mais on y pense beaucoup.
Évidemment, les pensées vont vers nos proches. Ceux qu’on va bientôt retrouver, toucher, regarder vraiment. Et à côté de ça, on ne parle que de nourriture. En boucle.De ce qu’on va dévorer une fois à terre. Des plats qui fument. Qui croquent.
Des assiettes qui tiennent en place.
C’est très sérieux, presque stratégique.
Comme si rêver de manger, c’était déjà un peu arriver.
La chaleur est là.
La mer est calme.
On est vraiment dans les starting-blocks.
Toujours cette impression d’être seules au monde.
On n’a encore croisé aucun bateau.
Mais ça va changer.
En se rapprochant de la côte brésilienne,
les cargos, les bateaux de pêche vont réapparaître.
Le retour à la civilisation se fera doucement, crescendo.
Pour ma part, tant que le vent n’est pas calé, je dors mal.
J’écoute le bateau.
Je l’observe.
J’essaie de comprendre comment l’aider à avancer un peu plus vite.
Comment être à son écoute.
Quand on n’est bâbord amure, on traîne notre foil blessé dans l’eau. Un appendice abîmé, avec la tête de quelqu’un qui se serait fait croquer par un requin.
Il nous ralentit.
Heureusement, pour lui comme pour nous, 90 % de la suite devrait se faire sur tribord amure.
Le vent viendra de notre droite.
Aujourd’hui, il y aura aussi un moment à part.
Un live avec École Navale.
De l’autre côté de l’écran,
des élèves officiers et des officiers de la Marine.
Ils ont préparé leurs questions.
Sur le projet.
La préparation.
La résilience.
La vie à bord.
Les conditions rencontrées.
Et aussi des échanges autour de leur propre aventure,
la transat Intrépide.
Un dialogue entre marins.
Entre gens qui savent que rien ne s’improvise vraiment en mer.
Les alizés…
On est là.
On est prêtes.
On vous attend.
Et à vous qui nous lisez,
qui êtes là depuis le début ou en route depuis quelques milles seulement,
merci.
Merci pour les messages,
les pensées envoyées au large,
les silences aussi, pleins de présence.
On continue de tracer.
Encore quelques océans intérieurs à traverser.
Et puis on se retrouvera.
À Brest,
à partir du 22 janvier.
Sur le quai.
En vrai.
Avec des histoires plein les poches
et l’envie de vous les raconter.
À très vite.