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Carnet de bord d'Alexia - 10/01

Bonne chance à Zoulou et Argo sur la RORC Transtlantic

En Formule 1, aucune règle n’interdit aux femmes de courir.
Aucune ligne dans le règlement. Aucune porte officiellement fermée.

Et pourtant, elles ne sont pas là. Pas par manque de talent.
Mais parce que le chemin est long, exigeant, structuré très tôt — et que pour y arriver, il faut surtout avoir été là dès le départ.
Michèle Mouton le disait avec une clarté désarmante, sans jamais se poser en victime :
« Le problème n’est pas de savoir si une femme peut gagner.
Le problème, c’est de lui donner les mêmes chances d’arriver au départ. »
En voile — et particulièrement en multicoque — la logique est étonnamment proche.
Aucune règle n’interdit à une femme de barrer un trimaran géant.
Mais l’accès à la très haute vitesse se construit dans le temps.
Dans la confrontation.
Dans les milles accumulés au contact des meilleurs.

Et ces meilleurs-là, on a eu la chance de les croiser.
Et surtout, de les affronter.
Je pense aujourd’hui à nos concurrents qui s’élancent sur la RORC Transatlantic Race : Zoulou et Argo.
À leur bord, certains des meilleurs navigateurs en multicoque de la planète.
Des équipes internationales.
Ils viennent d’horizons différents, avec des cultures maritimes diverses, mais un point commun : l’exigence absolue.

Nous avons eu cette chance rare de pouvoir nous confronter à eux.
D’être au contact sur les dernières courses.
D’apprendre en naviguant bord à bord, sans discours, sans filtre.
Et parfois, de gagner.
Deux fois la Rolex Middle Sea Race.
Une grande première.
Avec une femme skipper.
Et skipper d’un multicoque.
Ces victoires ne sont pas des trophées isolés. Ce sont des jalons.
La preuve que le parcours existe — à condition d’en accepter le prix.
Je pense fort à eux aujourd’hui.
Je leur souhaite bon vent.
Et j’espère sincèrement que nous pourrons tirer encore quelques bords ensemble en MOD70 cette année.
Depuis juin 2025, nous naviguons à bord de IDEC Sport.
Et c’est depuis ce bateau-là que nous nous sommes lancées sur ce tour du monde.
Un mélange d’insouciance, oui.
Mais surtout énormément de travail. De rigueur. De détermination. Ce n’est pas un raccourci. C’est une trajectoire.

Et comme en sport automobile, comme en multicoque,
quand la trajectoire est juste,
le reste finit toujours par suivre.

Je vous partage ces réflexions alors qu’ici, nous sommes à moins de 2 000 milles nautiques de l’équateur.
Nous attaquons notre deuxième haute pression,
après quelques heures passées à très haute vitesse ce matin.
Le vent revient bientôt.
On est à fond.
Et à vous qui nous lisez
Merci d’être là, vraiment.
Vos messages, vos pensées, vos encouragements
nous accompagnent bien plus loin que la portée des ondes.
Dans les calmes,
dans l’attente, et dans les moments où il faut croire encore un peu plus fort.
La route continue.
Et on ne lâche rien.