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Carnet de bord d'Alexia : 9 décembre

Finalement… j’ai regardé les chiffres du passage de l’équateur.
Oui, les chiffres, ces petits soldats qui prétendent tout raconter alors qu’ils ne savent rien du vent, rien du sel, rien des cœurs qui battent à bord.
Et évidemment, on n’a pas le score.
Pas la médaille, pas le podium, rien à accrocher au-dessus de la cheminée — si on avait une cheminée.
Mais…! On est dans la liste.
La liste des fous magnifiques : Spindrift, Banque Populaire, Groupama, MACIF…
Et derrière eux, des noms qui sonnent comme des chapitres d’un vieux roman d’aventure : Bruno Peyron, Steve Fossett, Olivier de Kersauson…
Alors tu penses bien : on n’a peut-être pas gagné, mais on est assises à la même table.
On s’est installées discrètement sur les épaules des géants,, et on a pris notre envol pour écrire notre histoire.
Un début de roman, le premier chapitre : “Passage de l’Équateur”.

Ce matin, 7 h.
Je sors prendre mon quart, les yeux encore en pointillés… Et là, un truc incroyable : un morceau de rose planté dans la nuit, comme si le ciel avait voulu faire un clin d'œil au bateau.
Un lever de soleil majestueux, gratuit.

La nuit, elle, avait été plutôt bavarde.
Des prises de ris, des manœuvres, un énorme nuage étalé sur 100 milles
Pas dangereux, non… juste imposant, un peu comme ces gens très grands qui te bloquent la vue au cinéma mais qui, au fond, sont gentils.
Il nous a même aidées à filer vers le Sud, vers ce premier cap qui nous attend comme un rendez-vous amoureux.
À bord, ça devient une vraie troupe de théâtre.
On répète nos gammes, on se parle mieux, on se comprend presque sans mots
Les conversations deviennent… comment dire… étonnantes.
Le genre de phrases qu’on ne dit que la nuit, en mer, entourées de rien et de tout.
Ça rigole, ça lâche prise, ça vit.
Mais bon, je ne vais pas vous raconter notre intimité…
Et puis il y a le sommeil.
Ce concept lointain.
Dormir sur un trimaran lancé comme une fronde, c’est un peu comme essayer de faire une sieste dans un avion de chasse : ça vibre, ça hurle, ça tangue… mais parfois, arrivé au bout de la fatigue, on y arrive.
On ferme les yeux une minute… et hop, le monde devient presque doux.

Voilà.
Ça fait du bien, un peu de légèreté.
Une respiration entre deux rafales.
Un sourire accroché entre deux vagues.
Le premier chapitre est écrit.
Le reste, on l’invente au fur et à mesure…