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Carnet de bord d'Alexia - 08/01

Parmeggiano

On ne peut pas dire que ce soit très confortable.
Mais, paradoxalement, on est pile dans notre zone de confort.

Tout est plus lisible. On voit les prochaines étapes.
Comme aux échecs, quand tu commences à voir dix coups d’avance.
Pas parce que tout est simple — mais parce que tu connais le jeu.
Dans l’océan Indien, dans le Pacifique, la météo n’est jamais une surprise.
Tu sais que tu vas jouer avec les dépressions.Tu sais qu’il y aura de la mer.
Du vent.
Du mouvement.
Mais même quand tu lis la météo,
tu ne sais jamais exactement comment tu vas la vivre.
L’Atlantique, lui, on le connaît autrement.
On connaît ses bosses.
Ses trous.
Ses humeurs.
C’est comme ce chemin pour aller chez des amis un peu perdus dans la campagne.
Celui où il faut tourner à la quatrième à gauche, puis la deuxième à droite après le poteau électrique,
passer le terrain de tennis, et continuer encore deux cents mètres.
On sait exactement où poser les pieds.
C’est un peu ça, l’Atlantique.
Nous sommes sorties du Pacifique avec une entrée presque triomphale.
Une dépression nous attendait, juste là,
pour nous accompagner vers le nord.
Elle est encore avec nous aujourd’hui.
Mais bientôt, une haute pression viendra nous barrer la route.
Avant de retrouver les alizés.
Ceux qui longent la côte brésilienne,
qui remontent doucement jusqu’à l’équateur.
C’est encore un peu loin.
Alors oui, c’est bien de se projeter.
Mais il faut toujours laisser une petite place à l’incertitude.
Au cas où elle aurait un meilleur scénario à proposer.
Ne pas poser toutes ses cartes tant que les autres joueurs en ont encore dans les mains.

Physiquement, la fatigue est bien installée.
Une amie fidèle.
Un peu trop fidèle.
Alors pour se redonner de l’énergie, on a sorti le dernier parmesan offert par mon ami Davide.
Son magasin, c’est La Cambuse, territoire sans frontières.
Depuis ma première course au large, il m’approvisionne en délicieux mets italiens.
Ce parmesan-là, évidemment, se partage.
Et il fait fureur.
La fatigue rend tout plus intense.
Elle te met à fleur de peau.
C’est ce moment étrange où tu as envie de pleurer de joie, de peur, de doutes, d’incertitudes.
Pas à cause de la mer.
La mer, elle, est claire. Franche. Lisible.
Ces émotions-là viennent d’ailleurs.
D’un monde resté à terre, qui continue de tourner, même quand nous, on avance droit.

Elle te vole parfois un peu de lucidité.
Et elle continue aussi à apporter son lot de rêves délirants. Souvent connectés au mouvement du bateau.
Quand on avance à 30 nœuds,
même au portant,
c’est toujours aussi bruyant à l’intérieur.

Mais franchement…
on ne va pas se plaindre.
On avance bien.
Et c’est canon.
Happy at sea.
Et je pense aussi à vous, les terriens.
Avec une météo qui a l’air un peu joueuse, de votre côté aussi.
Prenez soin de vous. 🌊