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Carnet de bord d'Alexia - 02/01

49 jours de nourriture, zéro chocolat.

Slow.
C’est l’impression que l’on a quand on passe sous les 20 nœuds. Comme si le monde appuyait légèrement sur pause.
Nous entrons dans une phase de transition, avec des vents plus faibles pour les prochaines 24 heures.
Ça ne m’inquiète pas.
Depuis le tout premier bord tiré en juin avec IDEC SPORT, ce bel oiseau nous a prouvé une chose : même dans les petits airs, il sait avancer.
Évidemment, à 1 500 milles du cap Horn, on a envie que ça fuse, que ça déboule, que ça file.
Mais c’est comme ça.

Et ce “slow” a aussi ses vertus.
Aujourd’hui, le bateau est à plat.
Parfait pour l’équipe en charge du shopping : remplir les sacs individuels de nourriture sans tout faire voler.
Parce que côté logistique, on avait un objectif clair : arriver en moins de 50 jours. Résultat ? 49 jours de nourriture embarqués.
Heureusement, à bord, il y a des appétits de moineaux. Dee, Tamara… et moi.
On ne finit jamais la ration hebdomadaire.
Il y aura donc du rab pour les jours en plus.

Chacune a géré ses stocks de snacks.
Et de ce côté-là, je dois l’avouer : je suis la moins douée.
Avant le départ, j’avais la tête ailleurs — règlements, assurances, derniers réglages techniques, coordination avec l’équipe com (qui gère mille sujets à la fois)…
Autant dire que je ne me suis pas demandé combien de scarmoza ou de tablettes de chocolat il me faudrait.
Résultat : rien pris.
Bon.
Ce sera un tour du monde en mode ascète.
Côté nourriture, ça ira.
Côté eau aussi : tant qu’on a de l’énergie, le dessalinisateur fait le job.

Mais il y a un truc…
Un truc que vous ne devinerez sans doute pas, et qui commence sérieusement à nous préoccuper.
Le papier toilette.
Depuis 15 jours, on compte les feuilles.
Les lingettes aussi.
Et on va être juste.
Autre sujet sensible : le dentifrice.
Disons-le franchement : sur la logistique hygiène, on pourra faire mieux pour le prochain tour du monde.
Mais c’est aussi un bon exercice.
Un rappel très concret que les ressources sont limitées.
Pas de gâchis possible.

Et c’est toujours ce qui me frappe le plus quand on redevient terrien.
Plus encore que le luxe de s’asseoir sur des toilettes dans une pièce chauffée.
C’est ouvrir un robinet, avoir de l’eau chaude… sans jamais se demander combien de temps ça va durer.
C’est dans ces petites habitudes-là que j’aimerais que les terriens soient un peu plus marins.
Ou plutôt… un peu plus mériens.
Plus conscients de ce que l’on consomme.
Rassurez-vous :
je ne vous invite ni à compter vos feuilles de papier toilette,
ni à prendre des douches froides à l’eau salée rincées avec un quart de litre d’eau douce.
Mais vous avez compris l’idée.

Pendant ce temps-là, je réfléchis à refaire une playlist pour nous booster jusqu’à Brest.
Même si, honnêtement… est-ce que j’ai vraiment besoin de booster un équipage aussi engagé, incroyable, magique ?
Tout le monde est à fond. On a fait un très bel empannage cette nuit. Chacune est impliquée.
Et c’est profondément chouette à voir.

À 1 500 milles du cap Horn, le mode est slow motion pour l’instant.
Mais dans 24 heures, ça repart.
On regarde déjà la météo dans l’Atlantique pour la remontée vers Brest.
Et ça, c’est super excitant.
Je vous souhaite un excellent week-end.
Et merci d’être là, à nos côtés. 🌍💙